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Fiona et Abel : « Nous sommes des clowns » !

Fiona Gordon et Dominique Abel étaient présents à la journée du cinéma belge à Virton pour présenter leur nouveau long métrage « L’étoile filante ». Rencontre avec ce couple clownesque qui nous amuse et nous font rire depuis 18 ans. Thibaut Demeyer et Brigitte Lepage

Fiona, Dominique, c’est important pour vous de venir à la rencontre du public lorsque vous sortez un nouveau film ?

Fiona : c’est même capital parce qu’on réalise des comédies et il est important de vérifier la qualité des rires. Et si on peut rester dans la salle avec le public, on peut alors savoir ce qui plaît ou ce que l’on a « foiré ».

Dominique : un jour, il y a quelqu’un qui a dit que nous faisions des spectacles cinématographiques. C’est un peu cela, on cherche la connivence avec le spectateur. Le rire a ce besoin de se propager d’un spectateur à l’autre. C’est-à-dire que les gens, ensemble, rient différemment ou plus parce que c’est une espèce d’intelligence collective, un phénomène de groupe qui, pour nous, est essentiel.

Dominique Abel et Fiona Gordon - réalisateurs de « L’étoile filante » (c) Brigitte Demeyer-Lepage

Pourquoi alors avoir franchi le pas du cinéma alors qu’avant, vous étiez en contact direct avec le public ?

Fiona : Je ne sais pas. C’est comme un musicien qui joue des concerts et qui aime aussi la facilité de faire des enregistrements pour la pérennité, pour perfectionner certaines choses, d’essayer de travailler dans la tranquillité intérieure. Et puis, on a toujours été admiratifs de grands cinéastes, de films et on avait envie de se confronter à cela.

Vous avez dit tout à l’heure « voir ce que l’on a foiré ». Est-ce que cela signifie que vous vous remettez souvent en question après la sortie d’un film ?

Dominique : On reconnait effectivement les erreurs, on les ingère, on les digère. Le problème, c’est que pour le suivant, on a appris mais on fait de nouvelles erreurs (rire). On aimerait bien pouvoir remonter, un peu comme Tati faisait. Mais je trouve que maintenant avec la technologie tellement complexe de la post-production, c’est trop cher, trop compliqué de revenir sur le mixage par exemple.

Fiona : Ce n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire. Parfois au théâtre, il y a un gag qui ne marche pas. Mais en fait, ce n’est pas le gag lui-même, c’est le contexte, cela peut aussi être le public qui est différent tous les soirs. La solution n’est pas évidente. Il ne s’agirait pas seulement de retourner sur la table de montage pour changer ceci ou cela. Il faudrait le faire à plusieurs reprises. Et encore, on est très dépendant de l’époque, du temps, il y a tellement de choses qui influencent notre perception. Peut-être que dans dix ans on dira « non, ce n’est pas un trou, c’est un joli silence ».

Dominique Abel et Fiona Gordon - réalisateurs de « L’étoile filante » (c) Brigitte Demeyer-Lepage

Quelle est l’origine de l’histoire de « L’étoile filante » ? Est-ce un fait divers qui vous a marqué ?

Dominique : C’est le plus vieux scénario que nous avons écrit. Quand nous faisions du théâtre, on faisait un polar et on s’est dit « écrivons un long métrage ». Mais c’était compliqué de commencer tout de suite par un long métrage. On l’a alors mis dans un tiroir. Au début, c’était l’histoire de deux jeunes célibataires qui vont tomber amoureux et un disparaît. Une enquête est lancée. Mais on a toujours pensé qu’il manquait quelque chose, un peu de profondeur. Maintenant, avec le contexte de turbulence sociale, politique, la guerre etc., on s’est demandé ce que cette histoire-là donnerait, si le gars, au lieu d’être un mafieux ou un gars méchant ou d’extrême droite, si c’était un gars de gauche, idéaliste qui a pris les armes et qui s’est perdu dans le combat, dans le sens où il a tué quelqu’un dans son idéalisme sociale. On a trouvé cela plus tragique et plus intéressant. Cela nous permettait aussi au travers de ce polar burlesque d’accrocher une dimension politique qui nous plaît. Est-ce que, si la colère est légitime, la violence est juste et jusqu’où ? Et puis, ce genre de questionnement est un peu dans le film tout en rigolant. On a essayé de faire un personnage fictif, sans avoir la prétention de parler de telle ou telle personne. Cela pourrait être action directe, brigade rouge, juste quelqu’un qui avait une utopie sociale et qui a dû remettre cette utopie dans le tiroir pour ne pas se faire arrêter.

Au niveau de l’écriture du scénario, comment cela se passe-t-il entre vous ?

Fiona : on est chacun dans un coin de notre caravane. Dès le moment où on a l’idée de départ, on se met chacun dans notre espace et dès que nous avons quelque chose, on se l’envoie par email parce que souvent, on lit la proposition de l’autre et on barre la moitié ce qui peut être vexant (rire) alors que quand on le fait par écrit et qu’on l’envoie par e-mail, cela donne un peu plus de recul à la fois pour celui qui lit et aussi pour celui qui reçoit le verdict. Cela nous permet aussi de nous rejoindre petit à petit et à un certain moment, on a le même script et on se le passe régulièrement pour ajouter des choses, enlever des choses et très vite, on est dans le stade de répétition avant que ce ne soit trop fixe pour voir comment cela s’épanouit dans l’incarnation de tout ce qui a été écrit. Parce que finalement, on est quand même des clowns.

Dominique Abel et Fiona Gordon - réalisateurs de « L’étoile filante » (c) Brigitte Demeyer-Lepage

Comment cela se passe-t-il, au niveau de l’écriture, la description de vos gags ? Je pense notamment à la scène de la voiture où Fiona entre par la fenêtre…

Fiona : on laisse un espace vide là où on sait qu’il y aura un jeu.

Dominique : on évite de décrire ce genre de choses dans le scénario parce que ce serait vite ennuyeux. C’est comme décrire une danse contemporaine ou un gag, ça le tue. On dit alors par exemple « ils dansent » ajoutant « ce sera tout un développement ». Et dans les notes d’intention, on part de la spécificité du cinéma physique ou burlesque.

On en parlait tout à l’heure, vous êtes tous les deux très cinéphiles. Et, dans « L’étoile filante », j’ai ressenti une ambiance « Kaurismaki ».

Fiona : oui, on adore le cinéma d’Aki Kaurismaki. D’ailleurs, dans tous nos films il se trouve dans un coin de notre tête comme tous les burlesques, Hitchcock et plein d’autres. Mais lui, il est contemporain et il fait un cinéma comme on faisait avant avec une certaine artificialité, qui nous plaît beaucoup, une tendresse et une dureté aussi. Peut-être que, cette fois, c’est plus marquant parce qu’on présente un polar.

Dominique : nous avions déjà un style « Kaurismaki » avant de le connaitre. C’est-à-dire que l’on a certainement pris de lui mais c’est aussi une rencontre. Quand on faisait les repérages au Havre pour notre film « La fée », on ne le savait pas mais il était là. Il préparait son film « Le Havre » et lorsque nous allions dans un bar pour choisir notre décor, on nous disait « Ah, Kaurismaki est passé ici, la semaine dernière, il va le prendre ». Tu vois, ce n’était pas un hasard.

Fiona : la différence qu’il y a, c’est énorme. Nous restons très naïfs alors qu’Aki Kaurismaki est très intelligent. Il a cette intelligence de cinéaste. Nous sommes surtout des clowns et donc, on favorise cette innocente naïveté de jeu, un peu maladroit là où Kaurismaki, c’est plus de l’ironie.

Et dans la vie, vous êtes des clowns ou plutôt sérieux ?

Dominique : non, on n’est pas des amuseurs. C’est-à-dire que tu ne peux pas compter sur nous pour mettre de l’ambiance. Mais on rigole quand même et on aime la maladresse. Je pense qu’on est aussi maladroit.

Fiona : ah oui, ça la maladresse ça me va ! Si je ne me trébuche pas une fois dans une journée, je me dis « mais qu’est-ce qui se passe, je ne suis allé nulle part ? » ou si je n’ai pas renversé un verre avec mon coude, ce n’est pas normal. Il y a cette maladresse naturelle dont on profite pour mettre dans les films.

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